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Intitulé : Neuvième fête publique annuelle
Date : 09/06/1985
Lieu : OTAC
Orateur : Directeur

Monsieur le Président du Gouvernement Territorial,
Monsieur le Haut-Commissaire,
Monsieur le Président de l'Assemblée Territoriale,
Madame et Messieurs les Ministres,
Madame et Messieurs les Conseillers Territoriaux,
Messieurs les Parlementaires,
Amiral,
Monseigneur et Messieurs les Présidents des Eglises,
Mesdames et Messieurs,

Quel cadre plus approprié que celui du 4è festival des Arts du Pacifique pour nous retrouver à l'occasion de notre séance publique annuel et surtout pour fêter ensemble un événement culturel important, fruit de dix années de long et difficile travail mais ô combien exaltant et enthousiasmant, je veux parler de notre grammaire tahitienne, thème essentiel de notre rendez-vous d'aujourd'hui, auquel vous nous faites l'honneur de participer, ce dont nous vous remercions.

Normaliser la grammaire et l'orthographe de la langue tahitienne est une des missions essentielles que les instances territoriales nous avaient confié en créant l'Académie Tahitienne en 1972. L'on avait, en effet, compris la nécessité d'une autorité collective pour trancher les incertitudes, arbitrer les divergences et défini “ le bon usage ” en la matière.

Cette grammaire est l'oeuvre non pas de linguistes, bien que nous en comptons parmi nous, mais d'académiciens, et son principal mérite est qu'il ne représente pas l'avis d'un individu, si compétent soit-il, mais qu'il repose surle consensus d'une vingtaine de personnes, d'âges variés, d'éducation différente, appartenant à des milieux sociaux assez divers.

Elle échappe ainsi à l'arbitraire et à l'erreur, qui, dans un domaine comme celui de la description d'une langue, guette toujours le travailleur solitaire, surtout quand il s'agit d'une langue orale comme la nôtre.

Tous, certes, n'ont pas participé directement à la rédaction de l'ouvrage, mais tous ont été associés aux décisions de principe et consultés pour résoudre les principales difficultés.

Si nos travaux ont pu faire progresser l'étude de la syntaxe de notre langue, il reste aussi certain que l'analyse doit être encore affinée et sa description perfectionnée. A vrai dire, le but que nous nous étions assignés n'était pas tant la description de la langue que de sa normalisation.

La nécessité d'un véritable consensus, garantie que l'Académie peut vous donner, explique la lenteur des travaux qui ont duré 10 ans, “ Le temps ne respecte que celui qui a été fait avec lui ”, cet aphorisme nous donne l'espoir de voir notre oeuvre résister à la redoutable épreuve du temps encore que nous la concevions comme perfectible et que nous espérions bien qu'elle sera rapidement perfectionnée.

Elle profite, évidemment, des travaux et observations de nos devanciers, à qui, au terme de ce travail, nous voudrions à nouveau rendre un hommage tout particulier, qu'il s'agisse de missionnaires tels que Nott, Davies, de religieux tels que Mgr Tepano Jaussen, sans oublier les Vernier, Drollet, Iorss et autres de nos collègues qui ont été les pionniers dans l'étude de la langue et de la sauvegarde.

Les règles de cet grammaire sont illustrées par de nombreux exemples, la plupart empruntés à des textes du XIXè siècle. Certains critiqueront peut être : “ Pourquoi remonter si loin ? ” Mais dès que l'on s'approche de l'époque contemporaine, il devient difficile de trouver des modèles qui fassent l'unanimité.

Certains s'étonneront peut être aussi des trèsnombreuses références empruntées à la Bible de Nott - Howe, l'autorité de la bible en matière de tahitien est bien connue et il faut reconnaître qu'elle n'est pas surfaite.

Le niveau de la langue qui est codifiée dans cet ouvrage est donc assez élevé, mais n'était-ce pas ce que l'on attendait de l'Académie ? D'ailleurs, si les modèles anciens nous ont souvent inspirés, nous sommes restés ouverts à l'évolution de la langue à chaque fois que cette évolution ne se traduit pas par un appauvrissement et unrecul dans la précision et la clarté.

On l'aura compris, cette grammaire est d'abord normative. Mais elle a été aussi concue comme un ouvrage de consultation, la table des matières très développée et la table alphabétique permettant à l'utilisateur de trouver rapidement le renseignement dont il a besoin.

Dès le commencement de ses travaux, l'Académie Tahitienne a été confronté au sérieux obstacle de l'écriture de la langue, aucune écriture officielle n'existant jusque là.

C'était là aussi une autre de ses missions : normaliser l'orthographe.

Aussi, elle s'est attachée sérieusement et très tôt à adopter un système d'écriture qui soit le plus acceptable possible ; l'écriture étant une convention, il nous fallait donc choisir une qui soit acceptable au regard des conventions déjà existantes.

En Tahitien, le texte de référence le plus important, de fait, est la traduction biblique. Les lettres alphabétiques sont depuis longtemps utilisées et ne posent aucun problème. Le système que nous avons retenu présente donc les avantage suivants :

1°) Il est très proche de l'écriture utilisée par la Bible de Nott-Howe, le livre que les tahitiens connaissent le mieux. En effet, cette bible note l'occlusive glottale par une virgule renversée, placée à la hauteur d'une apostrophe. Ce signe occupe dans le texte la place d'une lettre.

La longueur des voyelles est marquée par un accent circonflexe que nous remplaçons par le “ macron ” (barre horizontale).
Le changement a consisté à systématiser la notation de l'occlusive glottale et des voyelles longues, alors que dans la bible, ces deux signes ne sont marqués que pour certains mots. La systématisation de la notation de ces deux signes rend inutile la notation des voyelles brèves puisque à chaque fois que l'accent de longueur n'est pas marqué, la voyelle est brève.

2°) Ce système d'écriture a une valeur internationale et est déjà utilisé pour la notation des autres langues du Pacifique et favorise donc la communication entre les peuples du Pacifique. En effet, de nombreuses langues du Pacifique et en particulier des langues polynésiennes telles que Samoane, hawaienne, rarotongienne, maori, tongienne, etc... présentent les mêmes problèmes d'écriture que le tahitien. La solution retenue par les autorités de ces pays est aussi celle que nous avons retenue.

3°) Ce système est précis et simple.
Il note les phonèmes c'est-à-dire les traits pertinents qui différencient les sens des mots.
Ce système est indispensable dans les ouvrages de référence, les dictionnaires, les ouvrages pédagogiques, etc... partout où le lecteur rencontre des mots qu'il ne connaît pas ou peu. Dans de tels cas, l'écriture courante du Tahitien où manque l'indication de l'occlusive glottale et des voyelles longues, ne peut paslui révéler la véritable “ identité ” du mot, le lecteur peut être même incapable de le prononcer.

Ce système est très économique de signes tout en étant très clair :

- un seul phonème pour chaque signe,
- un seul signepour chaque phonème.

En tout donc, 9 signes pour représenter les consonnes, 5 pour les voyelles et un pour les longueurs de voyelle.

4°) Enfin, ce système répond à une exigence pratique et qui n'est pas des moindres : pouvoir être utilisé avec une machine à écrire ordinaire.

La parution de cette grammaire se situe à un moment particulièrement opportun avec la généralisation de l'étude de la langue locale dans le système scolaire du Territoire, avec l'introduction du tahitien dans les programmes du Baccalauréat et la fondation récente du Centre de formation et de recherche sur les langues et civilisations océaniennes.

Puisse-t'elle soutenir efficacement les efforts qui se manifestent un peu partout pour la sauvegarde et la promotion de la langue tahitienne, et éviter que se renouvellent les “ erreurs ” qu'ont découverts avec la stupéfaction que l'on comprend, les candidats aux épreuves écrites de langue tahitienne au Bac cette année.

Puisse-t'elle enfin et surtout, aider à faire taire les passions et autres querelles futiles et stériles qui ne peuvent que nuire à la langue elle-même et à son enseignement. En effet, une certaine incohérence, dont nous avons déjà entretenu Monsieur le Président est venue perturber la bonne marche de cet enseignement.

“ De telles situations ne doivent plus se reproduire à l'avenir ou alors c'est nier purement et simplement la mission confiée au Fare Vana'a et le travail accompli depuis 10 ans ”.
Ce sont là, Monsieur le Président, l'essentiel de vos propos tenus lors de notre séance publique du 11 juin 1983. Vous y confirmiez aussi, sans ambiguité, la position du gouvernement au sujet de la nature du Tahitien qui doit être enseigné.

Je vous cite Monsieur le Président : “ Ce tahitien doit être celui qui a été rénové, structuré et enrichi par l'Académie Tahitienne et non celui de tel ou tel organisme. C'est une évidence et c'est en tout cas la position ferme et irrévocable qui a été arrêté par le Conseil de Gouvernement ”.

C'est donc là, Mesdames, Messieurs, la somme de dix années de travail au rythme de deux réunions hebdomadaires de commission et d'une séance plénière mensuelle et auxquelles ont participé des bonnes volontés extérieures à l'Académie et provenant essentiellement du corps enseignant tant public que privé et, qui, par leur savoir, leurs connaissances, leur culture, ont apporté discrètement mais efficacement leur pierre à l'édifice commun.

Nous voudrions, aujourd'hui, d'une part, les associer intimement à notre satisfaction du travail accompli, et leur dire toute notre reconnaissance et notre gratitude, et d'autre part, honorer plus particulièrement certains d'entre eux pour leur assiduité à nos travaux, je veux nommer Mme Simone HARGOUS, chargée de cours de tahitien à l'Ecole Normale et qui vient de prendre une retraite bien méritée, Mlle Johanna NOUVEAU, conseillère pédagogique pour l'enseignement du Tahitien de l'enseignement primaire catholique et M. Ralph Gardner White, chercheur en linguistique et auteur d'études sur la langue tahitienne.

Parallèlement à la mise en chantier de notre grammaire en octobre 1975, était ouvert le dossier du dictionnaire bilingue, autre priorité de notre calendrier, et qui, dès aujourd'hui, constitue l'essentiel de la suite de nos travaux et nous espérons avoir, d'ici quelques années, la satisfaction aujourd'hui, de la mission accomplie.

Nous voudrions ici, saisir l'occasion pour adresser nos félicitations et encouragements aux Editions “ Haere Po no Tahiti ” pourl'heureuse initiative de la réédition du dictionnaire du missionnaire anglais John Davies dont la première édition date de 1851.

Avec la bible de Nott - Howe, cet ouvrage, le Davies des Vernier, est un des rares documents de référence, auquel il nous faut recourir aujourd'hui.

Nous fêtons également aujourd'hui le dixième anniversaire de l'organisation du concours littéraire de l'Académie Tahitienne, dont le premier a eu lieu en juin 1975.

Depuis, ce sont 35 auteurs locaux qui régulièrement, pour certains, participent à ce concours et avec leur autorisation, nous publions notre anthologie “ Hei Pua Ri'i ”, recueil de morceaux choisis extraits de leurs ouvrages.

Cette année, en même temps que la grammaire, nous mettrons sous presse deux autres de ces fascicules et dont les textes choisis ont pour auteurs :

· Mme Vaetua TERIIAMA : Te ëa'ai o Pereitai -
Te ëa'ai o Huriemono'i te tamaiti no te vao

· Mme Taaria WALKER : Te mau ta'ata matamua i tae i Rurutu`
Te patiara'a tohora i Rurutu

· Mme Hinaraurea TUHEIAVA-DUROSSET : Pora-Pora

· Mme Eulalie TERIITUA : ëA'ai no te fenua Nu'uhiva

· M. Sauriroa TAUHITI : Te tahurira'a o te pahi ra ëo Tere ora

· M. Joseph TEURI : Te ëa'ai o tapuhute ma
Te ëa'ai no Punaauia
Te ëa'ai no te ëaito ra ëo Pai
Tiurai, te tahu'a tuiro'o

· M. Teri'i PAE : Te hopura'a parau

· M. Simako YON YUC : Te ëimira'a ëaveu a Puru tane

· M. Charles Tiviniura GARBUTT Te ëa'ai o na tohora no Vai'omene.

Ces deux ouvrages viendront compléter utilement ceux déjà utilisés par les enseignants de Tahitien et les candidats aux épreuves de tahitien du Bac surtout.

Nous voudrions profiter de cette occasion pour les féliciter tous et les encourager à poursuivre leurs efforts, car leurs ouvrages sont un réservoir intéressant de textes utiles sinon indispensables à la politique de l'enseignement de la langue d'une part, et à la valorisation de notre culture d'autre part.

Ils méritent tous nos remerciements et encouragements les plus sincères.

Dans quelques instants, notre Secrétaire, M. John MARTIN, proclamera les résultats du dernier concours auquel ont participés 6 auteurs. Comme vous le savez, organisée dans le cadre du Festival des Arts du Pacifique, une réunion des auteurs océaniens est prévue après celle-ci. Nous formulons le voeu que cette rencontre soit des plus intéressantes et des plus enrichissantes et puisse motiver encore plus nos auteurs à poursuivre leurs efforts dans le sens de la promotion de notre langue.

Permettez-moi à présent, Mesdames, Messieurs, comme l'exige nos statuts, de vous dresser un rapide bilan des autres activités de notre institution.

Toujours autant sollicité sinon plus, l'Académie Tahitienne poursuit ses travaux de recherche et de création de mots nouveaux : 220 cette année, et ce, à la demande des services administratifs, d'organismes divers et de particuliers. C'est en tout, aujourd'hui, environ 1400 mots que nous avons cette année le plaisir de publier dans une nouvelle édition de notre lexique ; le premier de la série publié en 1981 comptait environ un millier de mots.

Les 1400 nouveaux mots des deux lexiques constituent donc déjà un potentiel important de mots à introduire dans notre dictionnaire bilingue dont je vous parlais tantôt.

La plupart de ces mots sont d'ailleurs déjà en circulation grâce aux tranches d'émissions hebdomadaires. Une cinquantaine cette année sur les antennes tahitiennes de RFO et qu'assure avec beaucoup de sérieux et de compétence notre commission de la Diffusion sur des thèmes aussi variés qu'intéressants pour l'auditoire polynésien.

Nous renouvelons, d'autre part, nos remerciements à la Directeion de RFO pour la place qu'elle nous réserve dans ses émissions, et d'autre part, nos félicitations et nos encouragements aux animateurs et journalistes de langue tahitienne des différentes stations du Territoire, qui conscients de l'impact important de leuroutil de travail pour la sauvegarde et la promotion de la langue, font des efforts méritoires, et la qualité de leur tahitien est à souligner. Mais, il serait souhaitable que cet effort, soit suivi par l'ensemble de ces personnels, et nous renouvelons notre message à l'intention de ceux là : l'Académie est à leur disposition pour les aider en cas de besoin.

La préparation et la correction des épreuves de langue tahitienne des différents concours ou examens administratifs : 48 cette année pour environ 900 copies, est une des tâches qui nous incombe également et dont s'acquitte régulièrement et très sérieusement notre commission permanente.

Il nous reste, à présent, à confier les différents ouvrages (grammaire, anthologie et lexique) dont je viens de parler, aux travaux d'impression pour lesquels vous avez bien voulu, Monsieur le Président, nous allouer les crédits nécessaires, qui, nous l'espérons nous seront mandatés incessamment, ce dont nous vous sommes d'ores et déjà très reconnaissants.

Enfin, Monsieur le Président, c'est au nom du Fare Vana'a et avec beaucoup de joie et d'émotion, que j'ai l'honneur de vous remettre cet exemplaire de nos travaux en vous invitant à bien vouloir nous faire l'honneur de le préfacer.

Nous voudrions surtout le dédier tout spécialement à la mémoire de nos anciens, aujourd'hui disparus, pour qui nous avons une pensée particulièrement émue. Ils ont été par leur action, leur travail, leur foi, leur détermination, intimement associés à ce résultat : cet ouvrage contient quelque part un peu d'eux même.

Je veux parler tout d'abord du regretté Président Samuel RAAPOTO, membre du premier To'ohitu, et que la mort emporta brutalement le 15 juin 1976. Il était un de nos phares, ayant merveilleusement réussi à faire s'interpénétrer sa connaissance charnelle de la civilisation polynésienne à sa grande culture biblique. Il n'y avait, du reste, à ses yeux rien d'autre que le tahitien biblique pour servir de point d'appui valable à nos travaux.

Je veux aussi parler de notre regretté doyen Paul LANGOMAZINO qui, dès 1972, au poste de président du bureau provisoire, a eu la lourde mais exaltante responsabilité de guider les premiers pas encore bien hésitants de notre institution.

Et, enfin, je veux parler de notre regretté Victor TERIIEROOITERAI, membre du To'ohitu, décédé il y a quelques mois, et qui, en 1976, a succédé au Président RAAPOTO.

C'est donc à leur mémoire que nous dédions ce travail.... Ils le méritent.

ëIa ora na ëe Mauruuru.


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