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Intitulé : Remise officielle de la grammaire de la langue tahitienne
Date : 26/03/1987
Lieu : Assemblée Territoriale de la P.F.
Orateur : Directeur

Monsieur le Président du Gouvernement,
Monsieur le Président de l'Assemblée Territoriale,
Monsieur le Secrétaire Général,
Madame et Messieurs les Ministres,



Tout d'abord, “ Mauruuru ” d'avoir pris sur votre temps que nous savons compté , ce petit moment, pour nous recevoir à l'occasion de la parution de notre grammaire et nous voudrions saisir cette opportunité pour vous présenter nos félicitations les plus chaleureuses pour votre élection, à vos hautes fonctions, Monsieur le Président, Madame et Messieurs les Ministres.

Normaliser la grammaire et l'orthographe de la langue tahitienne est une des missions essentielles que les instances territoriales nous ont confiées en créant l'Académie Tahitienne, en 1972. L'on avait, en effet, compris la nécessité d'une autorité collective pour trancher les incertitudes, arbitrer les divergences et définir “ LE BON USAGE ” en la matière.

C'est donc au nom du FARE VANA'A et avec beaucoup de joie et d'émotion, que j'ai l'honneur de vous remettre cet exemplaire de nos travaux aujourd'hui achevés. Nous associons à ce moment la mémoire de nos collègues et prédécesseurs, aujourd'hui, disparus, pour qui nous avons une pensée particulièrement émue. Ils ont été par leur action, leur travail, leur foi, leur détermination, intimement associés à ce résultat : cet ouvrage contient quelque part un peu d'eux mêmes. C'est aussi à leur mémoire que nous dédions ce travail.... Ils le méritent.

Cette grammaire est l'oeuvre non pas de linguistes, bien que nous en comptons parmi nous, mais d'Académiciens, et son principal mérite est qu'elle ne représente pas l'avis d'un individu, si compétent soit-il, mais qu'elle repose sur le consensus d'une vingtaine de personnes, d'âges variés, d'éducation différente, appartenant à des milieux sociaux assez divers.

Elle échappe aussi à l'arbitraire et à l'erreur, qui, dans un domaine comme celui de la description d'une langue, guette toujours le travailleur solitaire, surtout quand il s'agit d'une langue orale comme la nôtre.

Si nos travaux ont pu faire progresser l'étude de la syntaxe de notre langue, il reste aussi certain que l'analyse doit être encore affinée et sa description perfectionnée. A vrai dire, le but que nous nous étions assignés n'était pas tant la description de la langue que sa normalisation.

On l'aura compris, cette grammaire est d'abord normative. Mais elle a été aussi concue comme un ouvrage consultation, la table des matières très développée et la table alphabétique permettent à l'utilisateur de trouver rapidement le renseignement dont il a besoin.

Dès le commencement de ses travaux, l'Académie Tahitienne a été confrontée au sérieux obstacle ; l'écriture étant une convention, il nous fallait donc en choisir une qui soit acceptable au regard de celles déjà existantes.

En tahitien, le texte de référence le plus important, de fait, est la traduction biblique. Les lettres alphabétiques sont depuis longtemps utilisées et ne posent aucun problème. Le système que nous avons retenu présente donc les avantages suivants :

1°) Il est très proche de l'écriture utilisée par la bible de Nott-Howe, le livre que les tahitiens connaissent le mieux.

2°) Ce système d'écriture a une valeur internationale et est déjà utilisé pour la notation des autres langues du Pacifique et favorise donc la communication entre les peuples du Pacifique.

3°) Ce système est précis et simple. Il note les phonèmes c'est-à-dire les traits pertinents qui différencient les sens des mots.

Ce système est indispensable dans les ouvrages de références, les dictionnaires, les ouvrages pédagogiques, etc...partout où le lecteur rencontre des mots qu'il ne connaît pas ou peu.

4°) Enfin, ce système répond à une exigence pratique et qui n'est pas des moindres : pouvoir être utilisé avec une machine à écrire ordinaire.

La parution de cette grammaire se situe à un moment particulièrement opportun avec la généralisation de l'étude de la langue locale dans le système scolaire du Territoire, avec l'introduction du Tahitien dans les programmes du Baccalauréat et la fondation récente du Centre de Formation et de Recherches sur les Langues et Civilisations Océaniennes.

Puisse-t-elle soutenir efficacement les efforts qui se manifestent un peu partout pour la sauvegarde et la promotion de la langue tahitienne.

Monsieur le Président, bien que réputés “ immortels ”, les académiciens ne sont pas pour autant de “ purs esprits ” dénués de toutes préoccupations matérielles. Le budget de l'Académie nous cause autant de soucis que la maise au point de la syntaxe.

Vous n'êtes pas sans savoir que la subvention de SIX MILLIONS accordée par le Territoire à notre institution, avait pour but de financer une opération toute particulière, à savoir l'édition de cette grammaire devenue aujourd'hui réalité.

Vous n'êtes pas sans savoir, non plus, que notre budget 1986 a été réduit de SIX MILLIONS : le budget annuel -vous le savez bien- représente les dépenses nécessaires et suffisantes au fonctionnement normal d'une institution. Si pour une raison ou pour une autre, ce budget est amputé d'une certaine somme, il est vital de trouver quelque par ladite somme.

Nous ne sommes pas des physiciens mais nous avons cependant appliqué le principe des vases communicants : ainsi, la subvention de SIX MILLIONS accordée pour l'impression de la grammaire, a servi à payer nos dépenses de fonctionnement.

Ce qui revient à dire -et vous en conviendrez- que l'Académie a financé elle-même l'édition de cet ouvrage : cela nous honore mais cela nous appauvrit d'autant plus que cela retarde le renouvellement d'équipements arrivés à bout de souffle et l'acquisition de nouveaux équipements imposés par les travaux du dictionnaire notamment. Cela retarde aussi l'impression d'une anthologie qui est déjà prête ainsi que la deuxième édition revue et augmentée du lexique.

Je ne voudrais pas terminer ce discours par cet appel au secours.

Vous le savez, beaucoup de tâches restent à accomplir, notamment la poursuite de la rédaction d'un dictionnaire de référence.
Il nous faut du souffle pour réaliser cette oeuvre de longue haleine.

Il nous faut aussi de la patience, de la continuité et de l'énergie.

Chacun d'entre nous, au sein de l'Académie, avons cette patience, cette continuité et cette énergie que nous puisons dans la foi que nous mettons dans notre culture et dans nos traditions.

L'évolution rapide des civilisations et l'imprégnation quotidienne de la modernité nous contraignent à rester attentifs pour conserver à notre langue polynésienne, ses caractères fondamentales et son originalité essentielle.

Merci à vous, Monsieur le Président, Madame, Messieurs, de soutenir, par votre bienveillance, et par votre respect l'oeuvre que l'Académie souhaite accomplir.

Mauruuru.


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