Monsieur le Haut-Commissaire de la République,
Monsieur le Vice-Président du Conseil de Gouvernement,
Monsieur le Président de l'Assemblée Territoriale,
Monsieur le Sénateur,
Monsieur le Conseiller Economique et Social,
Amiral,
Monsieur le Maire,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
L'Académie Tahitienne - Fare Vana'a est aujourd'hui heureuse de vous recevoir et flattée de l'intérêt que vous lui portez à l'occasion de cette journée publique qu'elle organise dans ce cadre de la Maison des Jeunes, Maison de la Culture.
Le 25 octobre 1976, à l'occasion de notre réunion publique annuelle, ici-même, je rappelai les vicissitudes rencontrées par notre langue depuis plus d'un siècle et demi, mais qui ont heureusement abouti à une sérieuse prise de conscience des responsables du Territoire et qui nous a valu la création de notre institution.
Aujourd'hui, l'Académie tahitienne veut devant vous justifier son activité ainsi que devant tous ceux qui considèrent que la sauvegarde et l'enrichissement de la langue tahitienne est une mission sérieuse tant elle peut avoir d'importance pour l'épanouissement culturel et social des Polynésiens dans notre contexte moderne du vingtième siècle.
Je voudrais donc, brièvement, passer en revue les activités de notre Compagnie depuis notre dernière séance publique du 25 octobre 1976.
L'Académie tahitienne a tenu treize séances plénières pour lesquelles le quorum obligatoire de 11 membres n'a jamais fait défaut bien que certains de mes collègues soient des personnalités très occupées, appelées à se déplacer fréquemment. La Commission de la Langue, qui examine les projets que lui soumettent ses rapporteur, a, quant à elle, tenu vingt-trois séances hebdomadaires.
Ces travaux ont permis d'avancer considérablement l'étude de la grammaire à laquelle nous travaillons depuis le début de 1975. Cette grammaire profite, évidemment, des travaux et observations de nos devanciers, mais elle les complète ou les rectifie en maints endroits en vue de la normalisation de la structure de la langue. Et surtout, elle repose sur un large consensus ; elle échappe ainsi à l'arbitraire et à l'erreur, qui, dans un domaine comme celui de la description d'une langue, guette toujours le travailleur solitaire, surtout quand il s'agit d'une langue orale comme la nôtre.
C'est à cette grammaire que l'Académie Tahitienne a donnéla priorité de ses activités. Les différents chapitres, qui ont reçu l'approbation définitive en séance plénière, constituent déjà un épais dossier qui ne représente pourtant que la moitié de l'ouvrage. Ce travail, je le rappelle, permettra d'offrir aux auteurs de futurs manuels scolaires une base solide et incontestée, et serait en même temps l'amorce d'ouvrages linguistiques complets que le public attend de notre Compagnie.
Notre Commission de la langue a aussi examiné des centaines de termes techniques pour lesquels des services et offices publics, répondant à notre invitation, ont réclamé ou proposé une traduction tahitienne. Il s'agit de termes français pour lesquels les dictionnaires existants ne fournissent pas d'équivalents tahitiens. Cette lacune non seulement rend difficile la tâche des interprètes et traducteurs, mais elle gêne les rapports de certains services avec le public.
Une grosse liasse de feuilles, représentant les listes mises au point par notre commission spécialisée, attend que l'ordre du jour des séances plénières permette de les étudier. Ce travail de normalisation du vocabulaire, donnant souvent lieu à de larges enquêtes et devant exclure toute précipitation ne peut avancer que lentement.
Un autre volet intéressant des activités de la Commission de la langue : le dictionnaire tahitien-français mis en chantier depuis le 03 octobre 1975. Le travail préliminaire a été confié à un groupe de correspondants des Iles-sous-le-Vent qui, sous la présidence de M. Emile HIRO, y travaille sérieusement et nous soumet périodiquement le fruit de ses laborieuses recherches. Nous nous félicitons du sérieux et de la compétence de ce petit groupe qui permettra, nous l'espérons, de réaliser le véritable dictionnaire qui, jusqu'à présent, fait défaut. Car, malgré leurs mérites, les ouvrages de Davies et de Tepano Jaussen ne sont que des lexiques, alors que le marquisien et le pa'umotu sont mieux servis sous ce rapport, avec les dictionnaires de Monseigneur Dordillon et de Stimson.
Cet après-midi, nous proclamerons les résultats de notre concours littéraire annuel. Sans anticiper, je peux déjà dire que six ouvrages ont été retenus par l'Académie et correspondent aux normes fixées par le règlement du concours. Nous avons été heureux de oonstater un réel progrès dans ces ouvrages par rapport à l'année passée.
Ceci montre que ce concours contribue, comme nous l'espérions, à l'éclosion d'une véritable littérature tahitienne.
Nous ne regrettons pas les nombreuses heures passées à lire les manuscrits. Bien souvent, nous avons été charmés et captivés, mais nous avons surtout l'impression d'avoir oeuvré utilement pour l'avenir de la langue locale. Et ceci correspond à l'un des moyens pour nous de mener à bien notre mission... “ favoriser la publication d'ouvrages rédigés en langue tahitienne ”.
Nous tenons ici, aujourd'hui, à marquer notre satisfaction suite à l'abrogation du décret du 11 décembre 1932 qui règlemente le régime de la presse dans les Etablissements Français de l'Océanie et considère le tahitien comme une langue étrangère.
En effet, les nouvelles institutions du Territoire lèvent ce “ tabu ” longtemps combattu et dès lors, nous mettent à l'aise dans la poursuite de notre mission dans ce sens.
Ce tour d'horizon ne serait pas complet si nous ne mentionnions pas que quelques uns d'entre nous sont associés aux travaux de la Commission pédagogique qui collecte des morceaux choisis destinés à être utilisés dans les écoles pour l'enseignement du tahitien et qui a élaboré une méthode structurée pour cet enseignement, expérimentée durant l'année scolaire écoulée dans une dizaine de classes de l'enseignement public et dans dix-huit classes de l'enseignement privé.
Cette première année d'expérience a montré, comme prévu, qu'une réforme aussi radicale que l'introduction du tahitien dans les programmes scolaires, était appelée à rencontrer beaucoup d'obstacles.
Le plus important est le manque de préparation de beaucoup de maîtres, d'où la nécessité d'un soutien pédagogique sérieux et l'intérêt de regrouper géographiquement les classes qui intègrent l'enseignement de la langue locale dans leur programme.
Mais cette première année d'expérience a aussi permis de constater l'accueil très favorable que les élèves ont fait à cet enseignement. Un certain nombre de maîtres se sont, du reste, remarquablement adaptés à cette nouvelle matière et ont vite découvert le parti pédagogique qu'ils pouvaient tirer des documents que leur fournissait le bureau pédagogique de l'enseignement du premier degré. Nous devons dire que c'est grâce au dévouement de ce bureau qui a souvent travaillé dans des conditions difficiles, que les documents préparés par la commission ont pu être diffusés, et nous l'en remercions sincèrement.
La méthode utilisée s'est avérée adaptée à la grande majorité des enfants. Font exception à cette règle certains élèves à qui l'école du dimanche a donné une avance considérable dans l'étude du tahitien. Pour eux, un autre cheminement doit être étudié.
D'ores et déjà, nous pouvons dire que le nombre des classes du CE2 qui vont insérer cet enseignement dans leur programme, sera en augmentation l'année prochaine, et qu'une quinzaine de classes de CM1 vont entamer le programme de deuxième année.
Certes, l'extension de cette expérience s'annonce moins rapide que nous le souhaiterions : c'est que l'enseignement du tahitien a ses adversaires et aussi ses partisans désordonnés - ce qui est preque pire. Et l'idée même rencontre, nous le constatons non sans tristesse et déception, une certaine indifférence et un manque d'enthousiasme de la part de certains.
Nous avons cependant bon espoir de voir, par étapes, se généraliser cet enseignement dans les écoles du premier degré des îles du vent, d'autant que les nouvelles institutions du Territoire fixent l'enseignement des langues loales dans les compétences du Conseil de Gouvernement. Nous sommes convaincus que cette extension contribuera à un renouveau de notre langue tahitienne sans nuire à l'enseignement du français, car, nous le répétons, à notre sens, il n'y a pas concurrence dans les deux langues, mais complémentarité.
Enfin, je dois signaler que, pour la première fois, cinq élèves de l'école normale ont choisi une option de tahitien à leur examen de sortie. A notre grande satisfaction, ces élèves ont atteint ou dépassé la moyenne, sans qu'il ait été besoin de faire appel à l'indulgence du jury composé de trois académiciens. Deux d'entre ces candidats se sont, du reste, fait remarquer par leur très bon niveau et nous leur renouvelons, ici, en public, nos félicitations et encouragements, en espérant que d'autres les suivront et porteront le même intérêt à l'étude de leur propre langue.
Je voudrais maintenant dire quelques mots sur la fête qui va débuter dans quelques instants.
L'Académie Tahitienne a voulu cette année, associer à sa journée publique des professionnels de l'artisanat local dans les différents concours prévus au programme. Mais cette forme de notre culture doit intéresser toutes les catégories de notre population et surtout notre jeunesse que nous verrons aussi dans un moment concourir, nombreux et enthousiastes, aux côtés de leurs anciens, et dont ils assureront, demain, la relève. Nous pourrons, au terme du temps imparti pour ces concours, apprécier la qualité de leur travail, et d'ores et déjà, nous les en remercions et les en félicitons.
Autre particularité dans le prgramme de cette journée : une démonstration de préparation de tapa selon les techniques traditionnelles par le groupe invité des Samoa et le groupe de Fatu-Hiva des Marquises. Nous espérons par là, réveiller l'intérêt de nos populations à cette autre forme de leur culture.
Pour terminer, nous adressons nos sincères remerciements à nos cousins samoans pour avoir bien voulu participer à cette journée et nous sommes persuadés que leur travail sera apprécié du public.
Nos remerciements s'adressent également et tout particulièrement à la Maison des Jeunes, Maison de la Culture, à l'Office du Tourisme, à l'U.T.A., à FR 3 et à la Caravane du Bonheur pour leur participation et l'aide qu'ils nous ont apportés à l'organisation de cette journée que nous espérons être une réussite.
Je souhaite à tous une bonne journée. Passons-la ensemble, dans la bonne humeur et la détente en nous rappelant que tout ce qui se manifeste dans la vie d'un peuple est culture.
A tous, Mauruuru.
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