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Intitulé : Troisième fête publique annuelle
Date : 09/12/1978
Lieu : Maison des Jeunes - Maison de la culture
Orateur : Directeur

Monsieur le Haut-Commissaire de la République,
Monsieur le Vice-Président du Conseil de Gouvernement,
Monsieur le Président de l'Assemblée Territoriale,
Amiral,
Monsieur le Député-Maire,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Cette fête annuelle, la troisième qu'organise l'Académie Tahitienne - Fare Vana'a, dans ce cadre de la Maison des Jeunes - Maison de la Culture et avec sa collaboration, marque aussi l'entrée de notre Compagnie dans sa cinquième année d'existence, puisque c'est le 02 juillet 1974 que le Gouverneur Daniel VIDEAU présidait la séance inaugurale.

Cette fête consacrée surtout au chant traditionnel, à l'artisanat et à l'art des constructeurs de pirogues, marque l'intérêt que nous portons à la culture polynésienne sous toutes ses formes et aussi notre désir de la voir rester vivante dans la jeune génération. Elle ne doit pas faire oublier que l'objectif principal de notre Société est l'étude de la langue tahitienne et sa promotion. Et puisque les statuts m'en font un devoir, permettez-moi de faire un rapide compte-rendu des activités de l'Académie dans ce domaine.

Quatre années donc se sont déjà écoulées depuis nos premières réunions et quand nous regardons l'ampleur de la tâche qui reste encore à accomplir pour donner à la langue tahitienne la place que nous voudrions l'aider à conquérir, nous avons l'impression que tout reste encore à faire.

Mais lorsque nous considérons le chemin parcouru en quatre ans, les difficultés qu'il nous a fallu vaincre, nous constatons que nous n'avons pas perdu notre temps.

Une première matérialisation du travail accompli dans le domaine de l'étude de la grammaire est la publication, il y a deux mois, de la première partie d'un “ Précis de grammaire tahitienne ”. Ronéoté à 500 exemplaires, ces quelques 200 pages représentent environ la moitié de l'ouvrage. Ce précis a été rédigé surtout à l'intention des enseignants, dont les connaissances de lalangue tahitienne, acquises surtout par la fréquentation des locuteurs tahitiens, ont besoin d'être étayées par un livre facile à consulter et qui leur évite les erreurs.

Cet ouvrage ne paye pas de mine, mais nous en sommes fiers ; car si nous avons profité du travail de nos devanciers, nous avons le sentiment de l'avoir très largement complété parce que bien souvent ils n'avaient fait qu'esquisser.

Nous ne prétendons cependant pas à l'infaillibilité et si cet ouvrage a été ronéoté et non pas imprimé, c'est que nous espérons bien que les utilisateurs nous aideront à l'améliorer encore, si le besoin s'en faisait sentir.

Autre publication - réalisé celle-ci par l'Imprimerie du Service de l'Education : les six premiers chapitres de la méthode d'enseignement du tahihtien. Ces documents correspondent au programme de première année du tahitien en classe de C.E.2. La présentation de ces chapitres en deux fascicules plus un livre du Maître, est particulièrement soignée. Ce livre représente le travail d'une Commission mixte composée d'enseignants et d'académiciens. Nous tenons, d'une part, à remercier le Chef du Service de l'Education qui a donné les autorisations nécessaires pour qu'ils puissent participer à ces travaux, et d'autre part, à remercier et à féliciter ces enseignants pour l'intérêt qu'ils portent à nos travaux communs.

Cette Commission s'achèvera sous peu la rédaction du manuel de troisième année.

Une nouvelle activité de l'Académie est l'aide apportée pour l'organisation et la correction des concours administratifs, comportant une épreuve obligatoire en tahitien. Les sujets sont préparés et corrigés par une commission de l'Académie.

Quand on sait qu'il ne se pase guère de mois qui ne voient l'organisation de deux ou trois concours et que les candidats atteignent ou dépassent parfois la centaine, on comprendra que pour un certain nombre de mes collègues, cette nouvelle activité est une sujétion assez lourde, à laquelle ils se plient sans récrimination tant il est capital que tous ceux qui remplissent des fonctions officielles, si modestes soient-elles, aient une bonne connaissance de la langue locale.

Cette année encore, nous avons organisé un concours littéraire. Quatre ouvrages seuelemtn ont pu être retenus, d'autres ont été écartés, ne satisfaisant pas complètement aux critères fixés par le règlement du concours. Cette année a également vu la publication de la première partie d'un ouvrage couronné par l'Académie, le “ Buka ëA'amu no Pouvana'a a OOPA ” de Monsieur Terii HEIMAU. Malgré la minceur de cet opuscule, il mérite d'être signalé comme un événement littéraire.

Je crois en effet que c'est la première fois que nous assistons à la publication d'une oeuvre littéraire écrite dans sa langue par un authentique tahitien.

Intentionnellement, je n'ai parlé que très succintement des travaux de l'Académie tant j'ai la conscience que nous ne sommes plus les seuls à oeuvrer pour la cause de notre langue.

Il est réconfortant pour nous de constater que, chaque année, cette cause rallie de nouveaux partisans et de nouveaux ouvriers.

J'en donnerai comme exemple les progrès réalisés dans le domaine de l'Enseignement. Désormais, deux professeurs, enfants du pays, enseignent le tahitien à l'Ecole normale, trois instituteurs ont été détachés pour l'enseignement du tahitien, deux d'entre eux travaillent au Bureau Pédagogique à la mise au point d'une méthode pour les classes au-dessous du C.E.2, et l'autre s'occupe sur le terrain de la mise en application de la méthode prévue pour les classes du C.E.2 au C.M.2.

J'en donnerai encore comme exemple tout ce que fait l'équipe de la Maison des Jeunes - Maison de la Culture : théâtre, films, enregistrements des légendes, paripari, etc...

Tout récemment, deux événements sont venus témoigner de la renaissance de la langue locale.

Le premier est la décision du Conseil de Gouvernement de donner au tahitien le rang de langue officielle à égalité avec le français et le second colloque sur la préservation et la promotion des langues polynésiennes.

Ces deux événements ne sont pas des aboutissements, ils marquent au contraire le point de départ de nouveaux efforts.

Le premier, parce qu'il suppose la mise en circulation d'un nombre considérable de termes techniques nécessaires à la traduction des actes officiels et des circulaires, instructions, mémoires de toutes espèces, etc...

Le second parce qu'il débouchera sur tout un programme d'action dans de nombreux domaines et dont le Fare Vana'a sera l'élément moteur responsable.

Aussi, je voudrais ici, Mesdames et Messieurs, vous dire, au nom du colloque que j'ai l'honneur de présider et en celui de notre Compagnie, tout l'espoir que nous fondons d'une part, sur la prise en considération, par les autorités tant locales que métropolitaines, de l'important programme d'actions qui leur sera soumis sous peu et sur toute l'aide dont nous aurons besoin pour le faire aboutir, d'autre part.

Certes, il pourra paraître prétentieux à certains, mais nous pensons fermement que sur le plan culturel qui nous intéresse tous, il est encore temps et évidemment nécessaire d'enraciner à nouveau les jeunes générations polynésiennes dans ce que leurs ancêtres ont pu leur léguer de meilleurs : leur langue, les traditions épiques et poétiques d'un passé qui eut ses hauts faits et sa gloire et enfin une philosophie de la vie qui les mettait en harmonie avec leur univers.

Mais, nous sommes tout aussi convaincu de la nécessité d'orienter, ensuite, les forces vives et créatrices qu'ils auront puisées dans leur culture ancestrale vers l'élaboration d'une culture nouvelle se nourissant également de ce que le monde extérieur peut leur apporter d'enrichissant. Ayant retrouvé leur personnalité propre, ils sauront alors, éviter les pièges de la facilité qui les inciterait à l'imitation servile de modes de vie et de pensée incompatibles avec leur nature profonde.

Il est, cependant,hors de question que notre Société se réserve le monopole exclusif de ces efforts ; quatre années d'activités nous ont appris à être réalistes et modestes. Il y a beaucoup trop à faire pour en laisser la cherge à vingt personnes dont la plupart sont des hommes et femmes très occupés.

Nous lançons donc un appel pour que de nouvelles bonnes volontés, de nouvelles compétences, viennent grossir les rangs de ceux qui de loin ou de près, travaillent à l'enrichissement et à l'adaptation du tahitien au monde moderne.

Mais nous savons aussi que si ces actions sont menées dans l'incohérence, elles risquent d'être inefficaces et à se nuire les unes aux autres.

Nous savons que ce rôle de coordinateur doit être le nôtre. Nous essaierons de le remplir avec le double souci de maintenir de l'ordre et de l'harmonie dans les actions et de ne pas “ éteindre l'esprit ”, je veux dire de ne pas décourager les initiatives par un dirigisme étroit et tâtillon.

Le Fare Vana'a est confiant en sa mission et en l'avenir de notre culture.

Solennellement, nous prenons aujourd'hui le pari de donner à notre peuple le meilleur outil d'acculturation au monde dans lequel il vit.

Cette importante action culturelle est pour notre pays et notre peuple la condition d'un développement harmonieux.

Le Fare Vana'a la propose à la Polynésie française et à la France.


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