Monsieur le Haut-Commissaire de la République,
Monsieur le Vice-Président du Conseil de Gouvernement,
Monsieur le Président de l'Assemblée Territoriale,
Amiral,
Monsieur le Député-Maire,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Cette fête marque le 7ème anniversaire de l'Académie Tahitienne, en effet dans deux semaines, exactement le 02 juillet, il y aura sept ans que notre Compagnie s'est réunie pour la première fois.
Je n'ai pas l'intention de faire aujourd'hui le bilan de ces sept années mais je dirai qu'elle furent à la fois exaltantes et austères.
Exaltantes, car nous avons connu l'enthousiasme des pionniers et austères, car les fruits de notre travail ont longtemps tardé à se concrétiser.
Certes, l'Académie a déjà publié en collaboration avec le C.R.D.P. des manuels scolaires dont nous sommes assez fiers mais nous souhaitons depuis longtemps pouvoir faire bénéficier le public de notre travail d'une façon plus importante.
Et c'est pourquoi nous sommes heureux de pouvoir cette année mettre en circulation deux ouvrages.
Le premier est un lexique français-tahitien et tahitien-français du vocabulaire technique. Cette petite plaquette d'une soixantaine de pages représente environ un millier de mots utilisés dans des domaines tels que la navigation, la météorologie, la banque, l'enseignement, la grammaire, la médecine, etc...
Une partie de ces mots, bien que nouveaux, sont déjà connus du public, car proposés il y a quelques années par l'Académie, ils ont déjà été répandus par les médias. C'est ainsi que presque chaque jour, la radio parle de Ha'api'ira'a tuatahi = école du premier degré, PIHA TURUUTA'A = service social, HUMA = handicapé, etc...
Ce petit lexique constituera pour les journalistes des programmes tahitiens de la radio-télévision, pour les interprètes et les traducteurs un instrument de travail pratique. Il pourra ainsi éventuellement rendre service à certains auditeurs ou lecteurs.
Nous pensons par ce lexique répondre à la mission qui nous été confiée statutairement, à savoir : enrichir la langue tahitienne. Car il ne suffit pas de créer des mots nouveaux, il faut aussi les mettre en circulation et permettre au public de les utiliser.
Ce lexique est actuellement sous presse, il sortira dans quelques jours. Le second ouvrage dont la dimension est aussi modeste (une centaine de pages) est une anthologie du tahitien contemporain. Il est composé d'extraits d'ouvrages ayant obtenu un prix dans les concours organisés par l'Académie tahitienne. Ces extraits ont été soigneusement revus en fonction de leur utilisation scolaire. En effet, en publiant ce petit livre dans le cadre de l'année du Patrimoine, nous visons surtout à munir les élèves des écoles de textes écrits en bon tahitien.
Il arrive à point, puisque à partir de cette année, les épreuves du B.E.P.C. comportent une épreuve facultative de langue tahitienne. Cette disposition a été accueillie avec faveur par les élèves puisque malgré la date tardive de l'annonce de cette nouvelle disposition, une soixantaine de candidats se sont inscrits pour l'épreuve de tahitien.
C'est avec beaucoup de joie que nous avons salué la nouvelle de cette entrée du tahitien dans les examens officiels. En effet, c'est un peu la porte de l'enseignement secondaire qui s'ouvre ainsi au tahitien.
Nous savons que de nombreux élèves s'inscriront aux cours de tahitien dès qu'ils seront organisés. Entre autres incitations à apprendre le tahitien, il y a les épreuves obligatoires de tahitien dans les concours administratifs. Quand il y a beaucoup de candidats et peu de postes à pourvoir, c'est l'épreuve de tahitien qui départage les meilleurs candidats. En passant, je signale que depuis deux ans, l'Académie a participé à la préparation et à la correction de 80 concours.
La formation des futurs professeurs de tahitien dans l'enseignement secondaire est donc un problème à régler assez rapidement.
Mais l'accession du tahitien au rang de langue officielle nécessite bientôt un nombre important de traducteurs et d'interprètes dont la formation aussi doit être envisagée.
Nous pensons donc que les autorités du Territoire qui ont compétence en matière de langue locale devront rapidement se pencher sur l'organisation d'un Institut de langue tahitienne formant les professeurs de l'enseignement secondaire, les interprètes, les traducteurs.
C'est en effet en Polynésie, là où le tahitien est parlé et au contact avec ce qui reste de la culture polynésiennes que les professeurs et les interprètes doivent être formés si on veut que cet enseignement forme non point des théoriciens ridicules mais des praticiens qui parlent certes le tahitien avec élégance et destination mais d'une manière telle que les tahitiens d'aujourd'hui puissent se reconnaître en eux. Cet enseignement doit donc être sérieux et s'appuyer sur des bases scientifiques mais il doit être pratique. Cet enseignement doit être mené en relation étroite avec l'Académie Tahitienne qui est l'autorité reconnue pour la normalisation de la langue tahitienne.
A mesure que les années passent, l'Académie Tahitienne voit donc augmenter l'importance de son rôle. Elle doit donc s'adapter à cette évolution, réformer ses structures s'il en est besoin pour augmenter son rendement.
Dans notre tâche, nous nous sentons réconfortés par la confiance que le public nous témoigne de plus en plus. Cette confiance nous est précieuse car notre oeuvre aurait-elle tous les mérites possibles, elle resterait sans utilité si elle n'était pas acceptée par le public.
Nous espérons que notre travail sera digne de cette confiance et à la hauteur des responsabilités qui nous ont été confiées.
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