Monsieur le Secrétaire Général représentant Monsieur le Haut-Commissaire,
Monsieur le Vice-Président du Conseil de Gouvernement,
Messieurs les Conseillers de Gouvernement,
Monsieur le Président de l'Assemblée Territoriale,
Messieurs les Conseillers Territoriaux,
Monsieur le Député-Maire de Papete,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,
La fête annuelle de l'Académie prend cette année une signification particulière, puisqu'aujourd'hui, avec quelques semaines d'avance, nous fêtons avec la collaboration toujours appréciée de l'OTAC que nous remercions, le dixième anniversaire de la création de notre institution.
En effet, c'est par délibération n° 72-92 du 02 août 1972 que l'Assemblée Territoriale a institué l'Académie, c'est là l'aboutissement heureux d'une sérieuse prise de conscience des responsables du Territoire, enfin décidés à protéger ce qui constitue et ce qui subsiste vraiment encore de l'originalité du Tahitien, le dernier rempart de sa personnalité : sa langue.
Cette langue dont on dit qu'elle est la représentation fidèe du génie d'un peuple, l'expression de son caractère, la révélation de son existence intime, son verbe pour ainsi dire.
Cette décision importante répondait aux préoccupations et aux actions de personnalités locales, et de façon plus précise à ce qu'écrivait le siècle dernier un de ceux là, le pasteur-missionnaire Charles Vernier : “ Ne faudrait-il pas, écrit-il, que les responsables de ce pays, conscients de leur responsabilité vis-à-vis d'un peuple et d'une langue que la France doit sauver de l'extinction lente, s'inspirent de l'exemple de ceux qui aimant et e peuple et sa langue, ont essayé de la faire “ repartir ” sans hélàs y parvenir.
C'est donc le 02 août 1972 que tout “ repartait ”. Cette date mérite donc d'être retenue et célébrée : elle marque le départ d'une évolution d'abord très lente puis de plus en plus rapide dans le statut social de notre langue.
Contrairement à la crainte exprimée par certains élus de l'époque de voir cette académie devenir le “ conservatoire d'une langue morte ”, elle a donné aux Polynésiens d'aujourd'hui le meilleur outil d'acculturation au monde dans lequel ils vivent, c'est-à-dire une langue qui établisse un pont solide entre leur passé et leur avenir, en leur permettant d'assimiler selon leur propre sensibilité, selon leur propre mode de pensée, tout ce que le monde moderne leur apporte, en unmot qui introduit notre peuple dans une nouvelle culture à la fois moderne mais parfaitement polynésienne.
Cette haute mission a donc été confiée à l'Académie Tahitienne que le Gouverneur Videau installait officiellement dans une séance inaugurale tenue le mardi 02 juillet 1974.
Chargée de la sauvegarde et de l'enrichissement de la langue, ses actions prioritaires sont alors définies :
1°) Normaliser le vocabulaire, la grammaire et l'orthographe ;
2°) Favoriser la publication d'ouvrages rédigés en langue tahitienne et la traduction en langue tahitienne de la littérature mondiale ;
3°) Promouvoir l'enseignement généralisé de la langue tahitienne.
Ces objectifs que nous nous fixions, il y a huit ans, sont non seulement atteints mais largement dépassés.
Notre Compagnie n'a pas la fatuité de prétendre que ces résultats sont dus principalement à son action, mais nous pouvons nous réjouir de ces “ victoires ” remportées sur des tabu aujourd'hui levés grâce au soutien et à l'action d'autres personnes acquises à la cause que nous défendons.
Puisque nos statuts m'en font un devoir, permettez-moi de dresser un rapide bilan de nos actions de l'an passé, mais auparavant, je voudrais rappeler quand même quelques unes de ces “ victoires ” remportées en moins de huit ans.
En effet, nous apprécions aujourd'hui l'importance des heures d'émission en langue tahitienne, voire même en marquisien en radio et en télévision surtout, car il y a dix ans, le tahitien ne “ passait ” pas à la télévision.
Le décret du 11 décembre 1932 qui règlementait le régime de la presse et considérait le tahitien comme langue étrangère a été heureusement abrogé. Nombreux à l'époque étaient ceux qui se sont élevés contre ce décret.
Ce sujet “ brûlant ” a d'ailleurs été exposé par notre To'ohitu (bureau) au Secrétaire d'Etat Stirn, lors de sa visite dans le territoire en mars 1975. Cette démarche correspond d'ailleurs à l'un des moyens pour l'Académie Tahitienne de mener à bien sa mission, de favoriser la publication d'ouvrages rédigés en langue tahitienne. Vous le savez, depuis, des oeuvres littéraires en langue tahitienne ou des traductions tahitiennes d'oeuvres littéraires sont éditées, j'y reviendrai dans un instant.
- L'enseignement du Tahitien vient d'être rendu obligatoire dans les établissements scolaires du premier degré. Il est par ailleurs entré dans les examens officiels au titre de matière facultative aussi bien au Certificat d'Etudes qu'au B.E.P.C. et qu'au Baccalauréat. Nous savons qu'un nombre important de candidats a choisi leur langue comme matière facultative, 95 cette année au Baccalauréat, pour ne parler que de ce seul examen.
- C'est avec beaucoup de joie que nous avons salué et les élèves avec nous, la nouvelle de cette entrée du Tahitien dans les examens officiels. En effet, c'est un peu la porte de l'enseignement secondaire qui s'ouvre aussi au Tahitien.
- Enfin et surtout le Tahitien a accédé au rang de langue officielle, au même titre que le Français.
Et si le début de cette évolution dont je viens de parler coincide avec la création de l'Académie, c'est qu'en l'instituant, l'Assemblée Territoriale et le Gouvernement de la Polynésie française l'ont dressé comme un symbole qui manifeste la volonté de faire du tahitien une langue respectée, capable de s'adapter au monde moderne et de survivre à l'ouverture de plus enplus large de notre petit pays sur le monde occidental.
Mais notre Compagnie ne veut pas être qu'un symbole. Elle a démontré qu'elle est un outil de travail reconnu, dont on peut aujourd'hui apprécier le sérieux et la valeur.
C'est ainsi que dès le premier mois de son existence, notre Compagnie a entrepris la rédaction d'une grammaire. Après huit ans, ce travail n'est pas encore achevé, tant nous avons rencontré de difficultés pour préciser toutes les règles d'une langue beaucoup plus complexe qu'on ne l'imagine habituellement. Une première mouture a été complètement rédigée et nous sommes en train de la réviser, de l'affiner et de la compléter, mais d'ores et déjà, ce travail profite à la cause de la langue locale puisque plusieurs de ceux qui enseignent le Tahitien à Papeete ou qui sont chargés d'organiser cet enseignement viennent puiser des informations dans nos travaux et y parfaire leurs connaissances.
L'année dernière, nous avons publié un petit lexique du vocabulaire technique. Il s'agit en fait d'un lexique qui répertorie le vocabulaire proposé par l'Académie pour la traduction des termes qui n'existent pas dans la langue tahitienne ou qui sont peu connus. Nous continuons à compléter ce vocabulaire au rythme d'une quarantaine de mots par mois et nous espérons pouvoir l'année prochaine éditer une seconde édition augmentée de notre lexique. Beaucoup des termes prônés par l'Académie sont déjà entrés dans la langue et surtout largement compris et employés. La radio et la télévision par l'usage systématique de ces termes, y sont pour beaucoup dans cet enrichissement de notre vocabulaire.
Ceci m'amène à rappeler les émissions hebdomadaires assurées par l'Académie et destinées aux enseignants. Le succès remporté par ces émissions est encore une preuve de l'intérêt des auditeurs pour tout ce qui touche à la langue et à la culture polynésienne.
Cette année, nous avons publié un petit opuscule de 76 pages : “ Hei pua ri'i ”. Il s'agit d'une petite anthologie de la littérature tahitienne contemporaine. Des morceaux choisis de 6 auteurs y ont été recueillis et transcrits dans l'orthographe officielle de l'Académie. Le texte de ces petites pièces a été soigneusement révisé de telle manière qu'elles puissent constituer des modèles littéraires pour les élèves des classes du second degré. Ce petit livre a remporté un vif succès auprès des établissements scolaires et il a déjà été utilisé dans les épreuves orales du Baccalauréat.
Ce succès nous conforte dans notre intention de publier l'année prochaine une nouvelle anthologie avec d'autres auteurs et d'autres termes.
La préparation des épreuves de tahitien dans les concours administratifs, la correction des copies et éventuellement l'interrogation aux épreuves orales sont un autre volet de nos travaux. Pour donner une idée de l'importance de ces épreuves de tahitien, voici quelques chiffres pour l'année 1981 au cours de laquelle 23 concours ont été organisés :
- 10 du niveau CEPE/CAP,
- 10 du niveau BEPC/BEP,
- 3 du niveau Baccalauréat.
Ces concours ont regroupé au total 594 candidats. Les sujets sont préparés et corrigés par une de nos commissions.
Autre sujet de satisfaction pournotre Compagnie est la reconnaissance et l'intérêt porté à nos travaux par l'Université de Hawaii. En effet, à la demande des responsables de cette université, nous avons mis à sa disposition notre secrétaire, Madame OOPA. Elle a, pendant six mois, été chargée de l'enseignement du Tahitien, programmé à trois niveaux et a également participé à des séries de groupes de conversation hebdomadaire auxquels participent les étudiants de tous les niveaux.
Cette première expérience, réussie, a eu pour résultats la reconnaissance de la qualité et du sérieux de nos travaux et plus particulièrement de nos documents et méthodes pédagogiques utilisés, depuis, dans l'enseignement de cette université dont le souhait est la collaboration fructueuse la plus étroite entre nos deux institutions.
Dans le même temps, l'Académie des Sciences d'Outre-Mer marquait elle aussi l'intérêt pour nos travaux puisque, sur proposition de son secrétaire perpétuel, son bureau a donné son accord pour instituer des rapports d'association avec notre institution. Une invitation à faire une communication sur le bilan et les perspectives de notre Académie nous a d'ailleurs été adressée, tout récemment.
Tout ceci nous amène à soumettre une série de questions à la décision des autorités du Territoire qui ont compétence en matière de langue locale.
La création d'un institut de langue et d'histoire polynésienne appelé à former les professeurs de Tahitien tant au primaire qu'au secondaire doit être une priorité.
A ce sujet, il y a quelques mois, nous avons saisi le Conseil de Gouvernement de nos réflexions suite à une mission de Madame J. de la Fontinelle, Directrice du Département linguistique de l'Institut National des langues et civilisations orientales concernant la formation de ces personnels et le projet de création d'une antenne de cet institut dans le Territoire. Il y a là besoin urgent aussi bien dans la formation générale des maîtres, leur formation linguistique que dans leur formation à la culture au sens le plus large du terme.
Si cet institut vise principalement cet objectif, il devra aussi, éventuellement, préparer nos jeunes à d'autres professions tels que interprètes, traducteurs, journalistes de langue tahitienne. L'enseignement obligatoire du Tahitien et son accession au rang de langue officielle impose impérativement cela.
Ces bilans et témoignages nous encouragent et doivent également encourager nos responsables à soutenir encore plus l'action que mène le Fare Vana'a et dont il est l'élément moteur responsable.
Je voudrai pour terminer rappeler mon message de 1978 :
“ Nous pensons fermement que sur le plan culturel qui nous intéresse tous, il est encore temps et évidemment nécessaire d'enraciner à nouveau les jeunes générations polynésiennes dans ce que leurs ancêtres ont pu leur léguer de meilleur : leur langue, les traditions épiques et poétiques d'un passé qui eut ses hauts faits et sa gloire et enfin une philosophie de la vie qui les mettait en harmonie avec leur univers.
Mais, nous sommes tout aussi convaincus de la nécessité d'orienter, ensuite, les forces vives et créatrices qu'ils auront puisées dans leur culture ancestrale vers l'élaboration d'une culture nouvelle se nourissant également de ce que le monde extérieur peut leur apporter d'enrichissant. Ayant retrouvé leur personnalité propre, ils sauront alors, éviter les pièges de la faculté qui les inciterait à l'imitation servile de modes de vie et de pensée incompatibles avec leur nature profonde ”.
Le Fare Vana'a doit maintenir l'action qu'il a toujours mené en dehors de toute contamination politique et mettre la langue tahitienne au service de l'union de toutes les ethnies qui composent notre population et en faisant un patrimoine accessible à tous et partagé entre tous.
Le Fare Vana'a est confiant en sa mission et en l'avenir de notre culture.
Cette importante action est pour notre pays et notre peuple la condition d'un développement harmonieux.
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