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Intitulé : Septième fête publique annuelle
Date : 11/06/1983
Lieu : OTAC
Orateur : Directeur

Monsieur le Haut-Commissaire,
Monsieur le Vice-Président du Conseil de Gouvernement,
Madame et Messieurs les Conseillers de Gouvernement,
Monsieur le Président de l'Assemblée Territoriale,
Madame et Messieurs les Conseillers Territoriaux,
Monsieur le Président du Conseil Economique et Social,
Monsieur le Maire de Papete,
Messieurs les Députés-Maires,
Monsieur le Conseiller Economique et Social,
Monsieur le Sénateur,
Amiral,
Monseigneur et Messieurs les Présidents des Eglises,
Mesdames et Messieurs,
Chers Amis,

L'Académie Tahitienne - Fare Vana'a est une nouvelle fois heureuse de vous accueillir et honorée de votre présence à sa huitième fête publique annuelle.

Votre présence est un encouragement et marque l'intérêt que vous portez à nos travaux, ce dont nous vous remercions.

Dès à présent, et ce pour des raisons d'austérité que nous connaissons, nous vous prions d'excuser l'indigence de notre accueil, manquant quelque peu ainsi aux règles d'hospitalité et d'accueil polynésiens.

A la place de la couronne traditionnelle de tiare, acceptez la couronne de nos sentiments amicaux et fraternelles.

S'il est toujours agréable de recevoir de nouveaux collègues et amis, il est tout aussi triste d'en perdre surtout lorsque ceux-ci ont été, avec beaucoup d'autres, de fervents militants en faveur de la création de l'Académie Tahitienne, d'une part, et lorsqu'ils ont été, d'autre part, des collègues compétents et dévoués à la cause et à la sauvegarde du dernier rempart de la personnalité du Polynésien : sa langue.

Yves LEMAITRE et Paul PREVOST ont, en effet, au début de l'année, été amenés pour des raisons administratives et de santé, à cesser leurs activités au sein de notre Compagnie.

Nous voudrions, aujourd'hui, leur rendre un hommage très particulier et suggérer aux hautes autorités du Territoire, de leur adresser officiellement un témoignage pour tout ce qu'ils ont pu apporter à notre langue.


A leur place, siègent aujourd'hui, Madame Vaetua COULIN et Monsieur Duro RAAPOTO, nouveaux collègues élus le 18 janvier dernier et que nous accueillons ce matin, avec vous si vous le voulez bien, avec beaucoup de joie au sein de notre Compagnie où, désormais, ils prendront place officiellement.

S'ils sont nouveaux académiciens, ce ne sont cependant pas des inconnus. Tous deux, en effet, ont eu à apporter à tel ou tel moment, leurs compétences respectives aux travaux intéressant notre langue. D'autres, des enseignants surtout, de plus en plus nombreux, participent toujours aussi activement à nos travaux de Commission. Une nouvelle fois, nous les remercions de leur précieuse collaboration.

Nous avons toujours été, et le sommes toujours, ouverts à toute collaboration ou coopération de personnes extérieures à l'Académie. C'est dans ce sens même que nous avons sollicité après l'élection de nos deux nouveaux collègues, les 9 autres candidats que nous remercions et félicitons au passage, de bien vouloir collaborer à nos travaux. A ceux qui l'ont déjà fait, nous leur disons, dès aujourd'hui, toute notre reconnaissance et nous assurons ceux qui nous rejoindrons plus tard de notre accueil le plus chaleureux, au sein de nos commissions de travail.

“ De science brillante et sans lacunes, il n'en est pas parmi nous et c'est seulement dans la mesure où chacun accepte d'apporter humblement, et sans arrière pensée, ce qu'il sait ou ce qu'il sait faire, à un travail qui reste anonyme, que l'Académie pourra continuer à faire oeuvre utile ”.

Cette citation d'un passage d'un article sur l'Académie d'un de nos collègues, met, je crois, en évidence l'esprit qui nous anime et qui préside à nos travaux que nous menons sans tambour ni trompette comme vous vous êtes plu à le souligner, Monsieur le Vice-Président, lors de votre visite à l'Académie le 17 décembre 1982.

C'est le bilan de ces travaux que je voudrais, maintenant, vous exposer brièvement.

L'édition et la diffusion de notre grammaire approfondie mise en chantier, il y a huit ans, pourrait être l'événement de notre prochaine rencontre en 1984. C'est vous dire que ce long et difficile travail arrive à son terme. Ce dossier confié à notre Commission de la Langue, malgré les difficultés inhérentes à ce genre de travail technique, avance à petits pas vers l'accomplissement de la plus importante des missions dont nous avons la responsabilité, à savoir : normaliser la grammaire et l'orthographe de notre langue.

Nous avons été amenés, lors de notre réunion de travail avec Monsieur le Directeur des Affaires Economiques, Sociales et Culturelles aux DOM-TOM, à lui exposer, entre autres sujets, celui de l'édition de cet important ouvrage. L'intérêt porté par ce haut fonctionnaire à nos travaux et surtout à l'édition de cette grammaire nous réconforte et nous encourage, d'autant qu'une aide financière de l'Etat pour la réalisation de cette opération, semble possible.

Nous manquerons, évidemment pas, le moment venu, de saisir par la voie hiérarchique le Secrétariat aux DOM-TOM de ce dossier. Nous sommes certains que nos autorités locales sauront apporter tout leur appui à cette démarche. Nous vous adressons, dès aujourd'hui, Messieurs, nos remerciements ainsi qu'à l'Etat qui apportera, par ce geste, son bienveillant intérêt et sa part à la réalisation d'un ouvrage aussi important.

Cette grammaire ouvrira la voie à des actions nouvelles qui nécessitent des bases de départ sûres, telles que l'enseignement généralisée du Tahitien et autres langues Ma'ohi, autre responsabilité qui incombe jusqu'à ce jour, à l'Académie tahitienne.

L'Institut des Langues et Civilisations Océaniennes dont la création a été décidée par le Conseil de Gouvernement dans sa séance du 27 avril dernier, trouvera, nous en sommes profondément persuadés, dans cet ouvrage les bases utiles pour mener à bien la mission qui lui incombe à savoir : l'enseignement et la recherche dans le domaine des langues et de la culture polynésiennes.

Autre mission de l'Académie : favoriser la publication d'ouvrages en langue tahitienne.

Le bilan est là aussi encouageant. L'année dernière, nous avons édité deux ouvrages : un lexique tiré à un millier d'exemplaires et une anthologie de la littérature tahitienne contemporaine “ Hei Pua Ri'i ”, à trois mille exemplaires. Ce recueil contient des morceaux choisis d'auteurs dont les oeuvres ont été récompensées par l'Académie, tels que Mesdames Irène Taumihau, Vaetua Teriiama, Vaite Bessert et Messieurs Simako Yon Yuc, Teriitauaroa Pani dit Heimau et Gahau Keha Tu Menemene, hélàs décédé la semaine dernière et pour qui nous avons une pensée émue, ce matin.

Dans le même temps, Madame Vaetua COULIN plaçait sur le marché un millier d'opuscules intitulé “ TE TAU I MA'IRI ”.

Signalons également, d'une part, l'ouvrage de Charles MANUTAHI, recueil de légendes extraites de “ puta feti'i ” et, d'autre part, la parution d'un livre de Stevenson dont la traduction est due à la plume tahitienne de notre collègue John MARTIN.

Aujourd'hui, nous constatons avec grande satisfaction que nos ouvrages sont en totalité épuisés. Il est, de même, pratiquement impossible, aujourd'hui, de trouver des dictionnaires et lexiques déjà édités tels que le “ Lexique du tahitien contemporain ” d'Yves LEMAITRE, la grammaire-dictionnaire de Monseigneur Tepano JAUSSEN, sans parler des VERNIER, des Maiarii CADOUSTEAU-CLARK et d'autres R.P. Hubert COPPENRATH et PREVOST.

N'est-ce pas là, la preuve évidente de l'intérêt porté à notre langue depuis quelque temps ? Encourager et soutenir la ré-édition de tels ouvrages est le voeu que nous adressons aux autorités du Territoire.

L'enseignement généralisé de la langue tahitienne et d'autres “ reo ma'ohi ” dans l'enseignement préélémentaire et élémentaire ; l'enseignement du Tahitien dans le secondaire de l'enseignement privé ; l'entrée de la langue tahitienne dans les examens officiels tels que le Baccalauréat et BECP et dansl es concours administratifs, expliquent cela.

Nos commissions poursuivent leurs travaux à un rythme satisfaisant. Les travaux de préparation d'un dictionnaire bilingue qui constituera, entre autres sujets, l'essentiel de nos travaux après l'édition de notre grammaire, sont en bonne voie : près de 2.000 mots sont aujourd'hui inventoriés et seront soumis le moment venu à la sanction de la séance plénière et auxquels il faut ajouter plus de 200 mots nouveaux, homologués cette année, et déjà en circulation à la demande de tel ou tel service, de tel ou tel organisme ou de telle personne. Les tranches d'émission radio que nous réserve RFO permettent facilement cette mise en circulation qu'assume notre Commission de la Diffusion.

Nous tenons une nouvelle fois à remercier et à féliciter notre station de radio RFO pour la place qu'elle nous réserve dans ses émissions ainsi que la part que prennent ses journalistes et animateurs de langue tahitienne à la diffusion de ce nouveau vocabulaire.

Nous remerciements et félicitations s'adressent également aux animateurs tahitiens des autres radios, dites libres, et en particulier à ceux de la station Radio Tahiti APi. C'est avec satisfaction, en effet, que nous relevons la qualité du tahitien utilisé. Cette discipline mérite nos encouragements. Il est d'ailleurs courant qu'ils nous sollicitent pour des conseils ou des renseignements.

Enfin, faut-il aussi rappeler que l'Académie est souvent consultée, sollicitée et visitée par d'imminentes personnalités tant politiques qu'administratives que scientifiques, de même que par des étudiants en quête de conseil ou de renseignement sur tel ou tel sujet.

Rappelons également que nos travaux suscitent l'intérêt de certaines universités de la région; celle d'Auckland en Nouvelle-Zélande et plus particulièrement celle de Hawaii avec qui nous entretenons de longues et intéressantes relations. Nous avons, avec cette dernière, il y a quelques jours, et à sa demande, passé un contrat d'échanges de documents et en particulier de communication de nos publications présentes et à venir. Un intérêt particulier est porté à notre grammaire approfondie.

L'Université catholique SETON HALL de Curaçao aux Antilles nous invite, quant à elle, à participer à une conférence sur le langage qui se tiendra du 14 au 18 décembre prochain.

Cette invitation a été transmise aux autorités locales dont nous attendons la décision portant représentation du Territoire à cette intéressante conférence.

Ce bilan, rapidement dressé, nous encourage et doit également encourager nos responsables à soutenir encore plus l'action que mène notre Fare Vana'a.

Nous savons, Monsieur le Vice-Président, que vous êtes de ceux là. En effet, il nous suffit de rappeler nos différents entretiens au cours desquels, nous avons pu apprécier votre sincère et énergique détermination à reconnaître et à faire reconnaître l'autorité de l'Académie dans les domaines de sa compétence. Nous vous en sommes extrêmement reconnaissants.

Mais... Ah ! ce mais, Messieurs-dames, qui arrive toujours mal à propos. Et qui, souvent, dérange.

Mais, disais-je, il nous faut aussi vous rappeler et dire notre inquiétude ainsi que notre profonde tristesse face à une certaine incohérence dont nous vous avons déjà entretenue et qui risque d'être préjudiciable à l'action que vous voudriez certainement voir, tout comme nous, aboutir : rendre à notre culture, en général, et à notre langue, en particulier, les lettres de noblesse que leur ont valu une tradition séculaire.

En effet, par correspondance du 08 février 1983, nous vous avions, Monsieurle Vice-Président, fait part de notre inquiétude au sujet de la violation flagrante de la décision du Conseil de Gouvernement du 20 octobre 1982 qui fait explicitement obligation au Centre Territorial de Recherche et de Documentation Pédagogiques de se conformer aux normes linguistiques établies par l'Académie Tahitienne dans le domaine important de l'enseignement de la langue.

Il nous semble, que les choses se poursuivent allègrement et toujours en parfaite violation de cette décision du Conseil de Gouvernement.

Nous appelons toute votre attention, Monsieur le Haut-Commissaire, Monsieur le Vice-Président, sur cet état de choses ; nous appelons également votre autorité, afin que la décision du Conseil de Gouvernement et la compétence reconnue de l'Académie soient respectées.

Nous voudrions ici solennellement proclamer que l'Académie n'est pas et ne veut pas être qu'un symbole mais est surtout un outil de travail et de réflexion sérieux, aujourd'hui, reconnue.

Il est en effet, nous en sommes profondément persuadés, révolu le temps où l'on salua la naissance difficile de l'Académie avec un sourire sceptique ; il est révolu le temps où l'on considérait le projet que nous soutenions et que d'autres combattaient, comme un vieux rêve de quelques sympathiques utopistes qui se matérialiserait un cour instant pour aussitôt rejoindre, au cimetière des associations, une foule innombrable de sociétés, comités, etc... qui n'ont guère survécu à la parution de leurs statuts au Journal Officiel.

Nous savions que travailler pour la survie et la vitalité de la langue tahitienne, c'était affronter les oppositions : les adversaires discrets mais efficaces, les partisans indisciplinés et maladroits ; c'était se heurter sans cesse à une gigantesque inertie.

Aujourd'hui, la puissance des forces qui montent du tréfonds de l'âme polynésienne a finalement été plus forte que ces critiques, ces oppositions et ces résistances. Et il faut en tenir compte. Aussi, avant qu'il ne soit trop tard, il faut empêcher l'incohérence etl'ambiguité d'entraver ou de détruire ce qui a été péniblement acquis, à ce jour.

Il y aun instant, j'évoquai un dossier d'actualité dont nous avons été saisi, je veux parler de la création d'un institut des langues et civilisations océaniennes que nous avions appelé de nos voeux à la suite de contacts avec la Directrice de l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales et exprimé par une correspondance en date du 02 octobre 1981 adressée au Conseil de Gouvernement et que je rappelai dans mon discours de l'an passé.

Le projet adopté par le Conseil de Gouvernement le 27 avril dernier, est certes plus ambitieux que le nôtre qui ne visait qu'à l'implantation d'une antenne de l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales à Tahiti avec pour mission essentielle la formation des maîtres aptes à enseigner le Tahitien, compte tenu des besoins importants et urgents à satisfaire dans ce domaine.

Si donc, nous sommes tout à fait favorables à la création d'un tel organisme, le projet adopté appelle, cependant, de notre part quelques réflexions que nous nous permettons d'exposer ici. Par définition même, cet établlissement public TERRITORIAL d'enseignement et de recherche doit logiquement être maître de tout ce qui touche à l'enseignement des langues locales et à la culture polynésienne au sens le plus large de ces termes. Par convention, à passer avec l'Etat (Ministère de l'Education Nationale - l'Université de Paris III et l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales), il est expressément prévu que dans le cadre de cet institut, l'enseignement des langues et cultures polynésiennes sera dispensé sur le Territoire à tous les échelons du système éducatif ; ce que nous approuvons évidemment.

Or, parallèlement à cela, et paradoxalement, le Territoire semble se déssaisir totalement de sa compétence en la matière - enseignement des langues locales - puisque le projet de convention confère entièrement la responsabilité de cet enseignement à l'Etat, notamment en ce qui concerne le contenu des enseignements, la désignation des professeurs, etc, etc... le Territoire, quant à lui, se bornant à supporter les dépenses d'investissement, d'équipement et de fonctionnement.

Le Territoire, nous semble-t-il, non seulement se déssaisit de ses prérogatives mais aussi perd tout droit de regard et de contrôle dans ce domaine si fondamental de notre culture polynésienne dont il a, au plan statutaire strictement toute la compétence.

L'Institut, alors privé de la substance même de son existence, ne serait-il pas alors réduit à une simple et banale structure administrative dont les compétences en matière de recherche risquent de se chevaucher avec celles de l'Académie pour déboucher sur des situations ambigües ou conflictuelles.

Une autre question nous préoccupe. L'Etat étant par cette convention souverain dans le domaine pédagogique, qu'adviendra-t-il des travaux de l'Académie et en particulier de sa grammaire approfondie dont je parlais tantôt ?

Je vous disais, il y a un instant, que nousa approuvions entièrement ce projet d'enseignement des langues et cultures polynésiennes à tous les échelons du système éducatif du Territoire. Il devient, en effet, urgent et indispensable que l'enseignement du Tahitien, langue officielle au même titre que le Français, soit programmé non seulement dans le préélémentaire et élémentaire comme c'est déjà le cas, mais également dans le secondaire. C'est là, réparer des injustices qui pénalisent lourdement les élèves d'origine polynésienne fréquentant les établissements secondaires publics. Il faut féliciter l'enseignement privé (catholique et protestant) qui, malgré les difficultés d'ordre administratif, n'ont pas hésité à donner cette chance à leurs élèves. Ceux-ci d'une part, trouvent là un secours appréciable à leurs études, et d'autre part, pourraient, pourquoi pas, être appelés à enseigner, plus tard, leur propre langue. L'objectif essentiel à atteindre, n'est-il pas, en effet, de préparer des professeurs locaux aptes à enseigner leurs langues et cultures.

Evidemment des textes existent permettant ceci, empêchant cela.

Mais au moment où l'on prône la décentralisation au niveau régional, et après qu'une série de mesures politiques ait concrétisé l'évolution des esprits vers une reconnaissance accrue des particularismes régionaux pour donner à leurs habitants à travers leurs traditions, leurs langues et la créativité de leur culture, le sentiment d'une dignité agle, d'une confiance et d'une fierté retrouvées.

Au moment où la circulaire ministérielle n° 81/261 du 21 juin 1982 sur l'enseignement des cultures et langues régionales reconnaît l'enseignement de ces langues et cultures comme un enseignement à part entière et dispensé de la maternelle à l'Université non pas comme une matière marginale mais comme une matière spécifique.

L'enseignement des langues et cultures régionales étant reconnu strictement de la compétence du Territoire, ne serait-il pas possible d'adapter les textes existants, par le jeu de mesures transitoires, aux particularismes locaux, afin d'éviter des situations aberrantes et paradoxales.

Permettez-moi cette petite anecdote qui illustre bien ce genre de situation. A la dernière rentrée scolaire, la direction d'un lycée bien connu de la ville, soucieuse de satisfaire la demande de ses élèves polynésiens, sollicite l'Académie pour pourvoir un poste de professeur de tahitien. Ce qui, aussitôt, fut fait en la personne d'un de nos collègues, instituteur titutalire qui a occupé des fonctions de Conseiller pédagogique et Responsable auprès de la Direction de l'Enseignement Primaire des classes expérimentales de Tahitien et enfin, notoirement connu pour sa parfaite maitrise de la langue. A sa candidature, furent opposés les sacro-saints textes : “ n'a pas les diplômes requis, ne peut donc enseigner ”. Et ses élèves ont donc été privés de Tahitien. Malgré leur handicap, certains aidés par nous, se sont néanmoins présentés la semaine dernière aux épreuves de tahitien du Bac. Ils méritent des félicitations, n'est-ce pas ?

Cette année, encore, l'Académie a été sollicitée pour constituer le jury des épreuves de Tahitien au BAC et au BEPC. Si ce collègue avait pu être disponible au moment des examens, il aurait pu honorablement faire partie du jury de Tahitien aux côtés d'autres de ses collègues pas plus diplômés et compétents. Il aurait égé comme eux reconnu officiellement apte à juger les connaissances des candidats au BAC. N'est-ce pas là le comble du paradoxe ?

Etre apte à juger, n'est-ce pas aussi être apte à enseigner ? Etre Conseiller Pédagogique et Responsable des classes expérimentales de Tahitien et de la formation des maîtres, n'est-ce pas aussi être apte à enseigner ? Autre exemple : un professeur de mathématiques fraîchement débarqué, pourrait s'il le voulait, de par ses diplômes, enseigner le Tahitien alors que notre même collègue ne le pourrait toujours pas. Nous vous signalons ces faits sans aucune acrimonie et sans incriminer qui que ce soit.

Nous savons que des textes existentnt et qu'ils doivent être respectés et appliqués. Mais enfin ! ne peuvent-ils pas par le jeu de mesures transitoires être assouplis, adaptés à notre situation particulière ! Ne pas apporter la solution à cette situation, c'est piétiner, et piétiner dans ce domaine, c'est régresser.

Cette année, 127 candidats ont été enregistrés pour l'épreuve de tahitien au BAC. Ce nombre prouve de façon claire et évidente, l'élan incoercible, naturel et logique des élèves d'origine polynésienne pour leur langue.

En cela, nous formulons le voeu de voir les élèves d'origine polynésienne pouvoir bénéficier d'un enseignement de langue vivante dans le cadre du premier groupe d'épreuves obligatoires du Baccalauréat, sans pour autant imposer à tous les candidats, le Tahitien. C'est donner là des chances égales aux élèves préparant des études secondaires. N'est-il pas aussi aberrant et paradoxal de constater que le mandarin est enseigné au titre de la langue obligatoire alors que notre langue ne l'est pas... chez elle ?

Autant donc de questions que nous posons, nullement en termes polémiques, mais dans l'intérêt de l'action menée depuis une dizaine d'années en faveur de notre langue et de notre culture.

Mesdames, Messieurs, chaque année, à l'occasion de nos manifestations publiques, nous attirons l'attention sur un aspect particulier de la culture polynésienne : artisanat, technique, danses, etc...

Cette année, c'est en compagnie des élèves des Collèges Pomare IV et La Mennais que nous vous invitons à découvrir et apprécier les airs traditionnels de tarava, de himene ru'au, ce qui est déjà fait en ce qui concerne le chant d'accueil, et qu'ils nous interpréteront tout au long de notre programme ainsi qu'une représentation scénique sur le thème de la légende du “ Maiore ”.

Nous voudrions, avec vous, si vous le voulez bien, et dès maintenant les applaudir, les féliciter, les remercier de leur prestation, en y associant les responsables de leurs établissements qui ont bien voulu accepter leur participation à cette matinée.

Dans le cadre de leurs cours de langue et de culture ma'ohi, ces jeunes élèves de classes de tahitien ont pu aisément et tout naturellement découvrir et apprécier, grâce à leur sensibilité polynésienne innée, leur environnement culturel si riche et varié et dont ils perçoivent et apprécient déjà, et de plus en plus les valeurs.

C'est à cette finalité que doivent tendre nos actions et nos efforts communs, n'est-ce pas ?


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