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Intitulé : Discours du VP pour la septième fête publique annuelle
Date : 11/06/1983
Lieu : OTAC
Orateur : Vice-Président

Monsieur le Directeur,
Madame et Messieurs les Membres du To'ohitu,
Mesdames et Messieurs les Académiciens,

Je vous remercie, Monsieur le Directeur, de vos chaleureuses paroles de bienvenue. J'y ai été sensible et croyez-bien que je mesure à sa juste valeur l'honneur qui m'est fait d'être invité à prendre la parole à l'occasion de cette fête publique annuelle de l'Académie Tahitienne, fête publique qui illustre bien la place toujours plus notable que tient le Fare Vāna'a au sein de notre société polynésienne.

Si je viens de commencer mon allocution en tahitien, c'est précisément parce que s'il est un lieu privilégié pour parler cette langue, c'est bien celui-ci et l'on ne comprendrait pas que le Vice-Président du Conseil de Gouvernement ne s'exprimât point en cette langue si vivante, qui a été érigée en langue officielle du Territoire et mise au même rang que la langue française.

Je tiens, dès l'abord, à préciser un point qui me tient à coeur et qui mérite d'être explicité afin que nul ne s'abuse sur le sens de mes propos. C'est qu'il n'y a pas et il ne doit pas y avoir de compétition entre le français et les langues polynésiennes en général et le tahitien en particulier.

Le français et le tahitien ont tous deux leur place en Polynésie française. La première de ces langues comme langue de développement et d'ouverture sur le vaste monde qui nous permet, à nous autres insulaires isolés, d'accéder aux sources du savoir et de la connaissance.

L'autre, comme langue maternelle de la plupart des habitants de ce Territoire, miroir de l'âme polynésienne, manifestation tangible de notre identité.

Mais après une longue période de déclin et de désaffection du Tahitien mais aussi, il faut bien le dire de persécution à l'encontre de la langue vernaculaire, la création de l'Académie Tahitienne, il y a près de 10 ans, a été l'une des premières manifestations de la renaissance de notre langue.

Je tiens aujourd'hui à saluer cet événement insigne, qui a été le commencement de cette oeuvre exaltante dont vous êtes aujourd'hui les artisans zélés.

Votre mission est exaltante Mesdames et Messieurs les Académiciens ! Car enfin, loin d'être les gardiens compassés et graves d'une langue accomplie, vous êtes au contraire les vaillants restaurateurs de notre parler, ce véhicule de la culture du peuple ma'ohi.

Quelle tâche enthousiasmante, en effet, que de contribuer à normaliser le vocabulaire et la grammaire et de créer l'orthographe d'une langue essentiellement orale, que de rendre au reo ma'ohi ses lettres de noblesse qui ont fait de lui jadis une langue complète capable d'exprimer toutes les manifestations de la vie d'un peuple !

Quelle tâche grandiose également que de jeter les bases du développement d'une littérature polynésienne contemporaine !

Enfin, je n'oublie pas que parmi vos missions figure en bonne place la promotion de l'enseignement généralisé du tahitien.

En effet ! Que serait tout le reste si cette oeuvre de restauration et de revitalisation n'était pas destinée avant tout à être transmise à tous ceux qui le désirent. Non seulement à ceux qui se réclament d'une origine ma'ohi, mais aussi à ceux, et je sais qu'ils sont nombreux, qui bien que d'expression française désirent s'ouvrir à une autre culture.

Il s'agit bien pour l'Académie de promouvoir l'enseignement du tahitien, et non pour les académiciens d'être un corps d'enseignants du tahitien. Et cette remarque m'amène à vous confirmer, sans ambiguité, quelle est la position du Conseil de Gouvernement au sujet de la nature du tahitien qui doit être enseigné. Ce tahitien doit être celui a été rénové, structuré et enrichi par l'Académie tahitienne et non celui de tel ou tel organisme.

C'est une évidence et c'est en tout cas la position ferme et irrévocable qui a été arrêtée par le Conseil de Gouvernement.

A ce sujet, il m'a été rapporté qu'un enseignant en tahitien a dû un jour confesser à ses élèves qu'il ne savait quel tahitien leur enseigner, celui de l'Académie ou celui d'un service territorial. De telles situations ne doivent pas se reproduire à l'avenir, car, si elles se reproduisaient, cela reviendrait à nier purement et simplement la mission qui a été confiée au Fare Vana'a et le travail considérable accompli par les académiciens depuis près de 10 ans.

En revanche, il me paraît sain que des débats savants et argumentés s'engagent autour de la langue. L'Académie ne doit pas se fermer et se transformer en gardienne jalouse de la vérité. Elle doit au contraire s'ouvrir à tous ceux qui, par leur savoir, leurs connaissances et leur culture sont qualifiés pour apporter leur pierre à la construction de l'édifice commun.

Je sais, Mesdames et Messieurs les Académiciens, que vous partagez cette conception des choses. La personnalité des deux nouveaux membres que vous accueillez aujourd'hui dans votre Compagnie apporte d'ailleurs une confirmation à mes propos.

Je tiens, à cet égard, à ce moment de mon allocution, à renouveler mes très vives félicitations aux deux récipiendaires, Madame Vaetua COULIN et Monsieur Duro RAAPOTO, auxquels je tiens à rendre ce matin un solennel hommage pour la qualité de leur contribution au renouveau de notre langue. Ils sauront, je n'en doute pas, reprendre le flambeau porté avant eux par Messieurs Yves LEMAITRE et Paul PREVOST dont le travail a été remarquable, et que je tiens à remercier solennellement au nom du Conseil de Gouvernement.

Cet hommage, je tiens à l'adresser également à l'ensemble des académiciens et je puis les assurer que le Conseil de Gouvernement soutiendra leur action, dans la mesure de ses possibilités.

Le Conseil de Gouvernement appuiera bien entendu vos démarches auprès du Secrétariat d'Etat aux Départements et Territoires d'Outre-Mer, afin qu'une aide financière de l'Etat vous soit octroyé en vue de l'édition et de la diffusion de votre grammaire.

Le Conseil de Gouvernement est également décidé à encourager et à favoriser la publication d'ouvrages en langue tahitienne. Il l'a déjà fait par le passé et examinera avec une grande bienveillance les propositions qui pourraient lui être faites par l'Académie.

Enfin, le Conseil de Gouvernement donne son agrément à la participation de l'Académie Tahitienne à la Conférence sur le langage qui doit se tenir à Curaçao, aux Antilles, à l'invitation de l'Université Seton Hall. L'Académie pourra ainsi y représenter le Territoire.

Mais le meilleur hommage et la meilleure aide que le Conseil de Gouvernementpuisse apporter au Fare Vana'a est bien d'étendre l'enseignement et la langue ma'ohi dans les écoles, les collèges et les lycées.

Vous le savez, l'enseignement des langues ma'ohi a été généralisée lors de la dernière rentrée scolaire dans toutesles écoles pré-élémentaires et élémentaires du Territoire.

A ce niveau, sera enseigné le Tahitien là où il est communément parlé, c'est-à-dire essentiellement aux Iles de la Société et aux Iles Australes. Dans les autres archipels : aux Marquises, aux Tuamotu et aux Gambier, les enfants seront initiés à leur propre langue maternelle lorsque celle-ci ne sera pas le Tahitien.

Dans l'enseignement secondaire, l'enseignement des langues et de la culture polynésiennes pourra commencer dès la rentrée 1983 par le recrutement de personnalités compétentes extérieures au système éducatif, et cela dans le cadre de la circulaire du Ministre de l'Education Nationale en date du 21 juin 1982.

Pour l'année 1983-1984, des moyens financiers, sous forme de subventions de l'Etat, seront utilisés par le Vice-Recteur pour rétribuer les personnalités locales compétentes choisies pour enseigner le Tahitien dans les lycées et les collèges, et cela sans avoir à se référer aux conditions de diplômes généralement requis pour enseigner.

Cette procédure, que nous avons conçue en concertation avec les autorités de l'Etat, dont dépendent, vous le savez, l'enseignement secondaire et l'enseignement supérieur, permettra d'éviter que ne se reproduise la situation absurde que vous nous avez exposé il y a un moment. Je vous le confirme : cette situation ne pourra plus se reproduire.

Enfin, j'en viens à la question de la formation initiale et continue des maîtres chargés d'enseigner le Tahitien.

Le Conseil de Gouvernement, qui n'a pris en la matière, je vous le précise Monsieur le Directeur, aucune décision définitive, a le projet de créer un “ Centre de Formation et de recherche sur les langues et civilisations polynésiennes ”. Ce faisant, le Territoire n'a bien entendu nullement l'intention d'abandonner la moindre parcelle de sa compétence. Il faut bien cependant admettre que les compétences en matière d'enseignement secondaire et supérieur relèvent, en vertu du statut actuel, de la compétence de l'Etat.

Aussi, une confusion ne doit pas s'insinuer dans les esprits et il ne faut pas confondre ce qui relève de la langue et ce qui relève de l'enseignement.

La langue c'est notre patrimoine, et cela relève de notre compétence.

L'enseignement, en revanche, et ses modalités, ressortissent à la compétence de l'Etat et les diplômes qui seront délivrés devront l'être en conformité avec les textes nationaux. Nous tenons, en effet, à avoir de bons professeurs, car sinon l'enthousiasme des étudiants s'émoussera rapidement si le contenu de l'enseignement dispensé ne correspond pas à leur attente.

Le Centre de Formation et de Recherche sur les langues et civilisations polynésiennes sera, quant à lui, un organisme territorial et le conseil chargé d'administrer l'établissement sera composé de personnalités locales, parmi lesquelles le Directeur de l'Académie tahitienne sera membre de droit.

Ce conseil déterminera son statut, ses structures internes, y compris l'organisation et la sanction des études, ses liens avec les autres établissements de formation et de recherche ou les organismes extérieurs.

Il y a donc là toute garantie pour que cet organisme territorial, et donc financé par le Territoire, puisse former des enseignants chargés d'enseigner les langues ma'ohi codifiées localement et en particulier par l'Académie Tahitienne mais avec toutes les garanties qui s'attachent à l'obtention de diplômes ayant valeur nationale.

Tels sont les projets immédiats du Territoire, Mesdames et Messieurs les Académiciens, en ce qui concerne la diffusion de nos langues locales. Il faut savoir que nous sommes au début du chemin et que tout, ou presque tout, reste à faire. Il faut regretter, à cet égard, qu'un retard certain ait été pris enla matière depuis quelques années.

Mais il faut reconnaître qu'en un an un grand pas a été fait en faveur de notre langue. Soyez assurés que nous poursuivrons dans cette direction avec foi et détermination pour que la langue de ce pays se développe harmonieusement au côté du Français en vue de créer une nouvelle société à la fois bilingue et bi-culturelle en Polynésie française.

Vive l'Académie Tahitienne !


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